Jude Dorian

Dernière mise à jour le 05 avril 2017
Dorian Jude vit et travaille à Paris.
 
Le travail de Dorian Jude naît de multiples interrogations, plus particulièrement de celles liées à l’humain, à son existence et à celle d’autrui, à la place de l’homme dans la société contemporaine. Les théories sur l’être, l’Humain, principalement développées depuis le XVIIIéme siécle, entretenant l’Altérité comme danger potentiel et non comme force commune, sont le terreau de ses interrogations. Dorian Jude utilise pour ce faire le dessin avec un minimum d’outils : la mine graphite, la mine rouge et des crayons de couleurs sur papier pour traduire et montrer pourquoi/comment le corps vit avant tout le corps de l’autre comme une opposition au sien et, de quelle manière il peut s’inscrire dans un espace social.
 
Dans une société qui catégorise tout ce qu’elle peut, des genres aux communautés en passant par les fonctions, où chacun devrait se fondre dans une case qui lui serait allouée, au rythme effréné des informations constantes qui ne font que passer pour être aussi vite oubliées, l’homme ne cesse de se demander qu’elle est son existence sociale, comment s’intégrer s’il ne répond à aucun critère lui permettant d’entrer dans une catégorie. Il en ressort de la violence infligée, entretenue, subie parfois au détriment d’une réflexion construite et posée, d’une approche et d’une observation de l’autre bienveillante et sans apriori.
 
Comment traduire cela dans la forme ? Dorian Jude y répond en mêlant les corps, au plus profond de leur chair, qui s’imbriquent ou s’opposent, sont dominés, parfois égaux, qui cherchent et puisent leurs forces dans l’autre pour se positionner ou périr. Ils ne forment plus qu’un dans La Lutte où tout se joue dans des corps emmêlés moment paroxystique, ligne de tension résumant tout un combat, celui d’une vie ? Celui d’une place à trouver ? Des corps de chiens mêlés qui racontent une rencontre aux interprétations multiples dans Dog’s playground pour atteindre une tension humaine condensée dans Le Combat où l’on se demande ce qui se joue. Jusqu’à poser son regard sur un combat que chacun mène pour des idéaux, une reconnaissance sociale voire plus dans L’Emeute. Dans cette fresque réalisée à la mine graphite les formes se brouillent dans une tension mêlant visages aux crispations extrêmes à ceux sans traits, des corps brutalisés, amputés qui résument toute la violence qui ponctue les oeuvres de Dorian Jude. Le trait parfois effacé et volontairement délicat de ce dessin contrebalance la dureté du propos tout en l’accentuant subtilement.
 
La précision du dessin ne fait qu’accroître le malaise, le questionnement qu’impose ces corps perfectibles, torturés, marqués dans leur chair. Veulent-ils se rapprocher ou se distancier de l’autre ? Comment les appréhender ? Que nous raconte ce visage, cet oeil plus particulièrement mutilé de Self-portrait ? L’homme abîmé sur sa face, n’ayant plus le choix que de se mettre à mal n’étant plus protégé du regard de l’autre dans la sphère extérieure. L’homme et sa mutilation comme seuls face au monde pour se faire une place dans une société où l’apparence est dominante et le défaut physique est mal appréhendé. Là encore l’artiste réussi à faire de la blessure une force,
nous faisant voir l’âme au-delà de la perfection de l’autre partie du visage. Dorian Jude aide à voir, à accepter les différences, à regarder l’autre comme un être pensant et non comme une apparence. 
 
Apparence à laquelle il ne faut pas se fier mais, regarder plus loin que les attraits masculins qui prédominent d’ailleurs dans le corpus graphique de Dorian Jude. Les femmes mêmes ont quelque chose de masculin dans leur corporalité tel dans La chasse #1. La féminité se trouvant dans les attributs physiques ancestraux liés à la figure maternelle dans La chasse #1 et La Mère. Dans la série Mes Constellations l’homme dominant, physiquement reconnaissable, pénètre un yantra brodé, l’organe pénétré, sexuel mais non séxué, est, quant à lui, matérialisé par un symbole spirituel. L’artiste suggère par la forme abstraite de regarder au-delà de l’archétype social de la représentation de l’acte sexuel, du dominant et du dominé. De la même manière que cette dominance virile de l’homme est montrée brutalement à travers le stéréotype masculin qu’est la voiture dans la série Car Crashes. L’homme dans sa puissance détruit par un des archétypes qui le représente.
Dorian Jude se sert des symboles classiques de l’iconographie occidentale et non occidentale et les lie à ceux de notre société contemporaine pour mettre en avant les questionnements inhérents au corps humain, à l’homme, encore et toujours dans son évolution dans une société qui le remet perpétuellement en cause voire à mal.
 
Sandrine d’Abbadie
Expositions
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