Micha Deridder vit et travaille à Nantes. De 1989 à 93, elle suit des études de stylisme et de création de mode à l’École Nationale Supérieure des Arts Visuels La Cambre, à Bruxelles. Son champ d’intervention se situe entre la mode et l’art. Le vêtement et le textile sont les médiums qu’elle utilise. Micha Deridder détourne, décale l’usage du vêtement. Ses réalisations sont empreintes d’humour et d’un sens de l’absurde. Elle aime échanger et faire participer le public à ses œuvres. Elle utilise aussi le dessin, la photo et la vidéo.


Extrait, Le journal de curiosité version 2, 2020, installation © Galerie RDV

Comment définirais-tu les thèmes qui parcourent tes œuvres ?
Et comment les exploites-tu ? 

wouah, c’est écrit dans mon livre! en fait je n’ai jamais aimé l’idée de « thèmes » que je ne défini pas très bien? Dans mon travail je questionne la forme et la matière, souvent de l’habit et interroge la relation, entre le corps et l’habit, mais surtout entre les individu, le vêtement étant un vecteur de relation. De plus en plus je travaille avec d’autres médias et principalement in situ, par rapport à un contexte donné.

Quelles sont les inspirations qui t’ont marquée et accompagnée dans ton parcours
d’artiste ? Et qu’ont-ils apporté à ton travail ?

De plus en plus je cherche les choses simples et l’humour, mêlée à l’absurde aussi,  j’aime les démarches radicales comme celle de Martin Margiela en mode, Mauricio Cattellan ou Ugo Rondinone ou Wim Delvoye, qui explorent tous azimuts, en valorisant et détournant des savoirs faire, avec un regard acide et drôle.  Mon endroit préféré au monde est un musée créé pour des gouttes d’eau , sur l’île de Teshima au Japon. C’est la chose la plus simple qui existe, la goutte d’eau, et on peut passer des heures dans cet endroit à la/les  regarder se déplacer sur le béton ciré.

L’art textile a été la base de ton enseignement artistique, qu’est-ce qui t’a menée à diversifier ta pratique ? Quel a été le rôle de ce virage dans ta pratique artistique ?
J’avais commencé par étudier l’art, mais je pensais que cela ne pouvait pas être un métier, alors je suis allée vers la mode, qui était plus appliquée, mais au fond, j’ai toujours fait de l’art, parce que je fais des choses qui questionnent. 
Je mets en avant un questionnement sur notre place dans le monde probablement, après je ne propose pas de réponse, à chacun de s’interroger;
Comme me l’a dit un jour Jean-François Taddéi, alors directeur du FRAC des Pays de La Loire, j’ai réalisé que je suis née artiste et je ne peux pas faire autre chose, même si j’ai des compétences dans plusieurs domaines.


Extrait, Le journal de curiosité version 2, 2020, installation © Galerie RDV

Comment as-tu choisi le titre de ton exposition  « De la nécessité de choisir ? »  présentée à RDV en janvier dernier?
Quand il a fallu choisir un titre, confrontée  à cette question du choix, question qui nous revient tout le temps,  j’ai compris que c’était un des nœuds de ma pratique en ce moment où je cherche les bases, les fondamentaux de mon travail. Depuis ma résidence à Roche Servir en 2015, je cherche d’où vient ma créativité, quels sont les gestes premiers… J’ai alors mis la phrase en dialogue avec l’image de ce passage piéton multiple au centre de Kyoto.

On ressent dans l’exposition un fort lien à l’intime, à ton intime, mais on retrouve aussi beaucoup de codes que les spectateurs peuvent déchiffrer. Est-ce que les éléments de l’exposition sont pensés pour que chacun puisse créer son imaginaire ? 
oui bien sûr, et il me semble que finalement on peut partager une certaine intimité, sans spécialement se raconter soi, ce qui n’a que peu d’importance, mais raconter des morceaux, des bouts de choses dans lesquels celui qui regarde va se retrouver et inventer sa propre histoire, s’ouvrir… je me souviens de la force des échanges avec le groupe des migrants qui est venu voir l’expo, comment mon travail à fait écho à leur histoire, je n’avais pas imaginer cela comme ça, j’ai été étonnée de ce que provoquais mes œuvres et j’ai adoré leur regard, j’avais le sentiment que cela leur faisait du bien 


Extrait, Le passage des 100 seins, 2020, installation © Galerie RDV

On retrouve dans certaines de tes œuvres un rapport à l’enfance, à l’insouciance et peut-être même une certaine naïveté, est-ce un parallèle conscient que tu crées au moment de la fabrication des œuvres ? Elles semblent être là pour rassurer d’une certaine manière, ont-elles un rôle précis dans l’exposition ?
Probablement que l’enfance est le début de notre vision du monde, et l’on garde tous un enfant en soi, je pense qu’il est important de le nourrir.

Le projet des valises est un projet que tu as commencé en 2011 lors d’un voyage au Japon, peux-tu nous expliquer comment est né ce projet ? As-tu déjà pensé à la continuité de ce projet ?
Le projet des valises, qui s’appelle en réalité "la collection de valises à … » est une tentative de réponse aux questions qui se posent quand je voyage en tant qu’artiste.  La valise vient du fait qu’économiquement il est plus simple de voyager avec son projet dans une valise que d’imaginer un transport d’œuvres d’arts onéreux. Aller dans un autre pays, qu’est ce que cela implique? En général, de montrer son travail pour se présenter, et ensuite? Ce qui m’intéresse c’est d’aller au plus près du quidam, dans le quotidien des habitants qui travaillent et vivent  là, j’ai donc décider de regarder les pays par le biais du textile, questionner la fabrication, visiter des usines, rencontrer des entrepreneurs, et ensuite récolter des matières au rebut, pour fabriquer au retour la valise du pays, résultant de ces matériaux et des impressions collectées dans le voyage. Quand je suis sur place, je cherche à collaborer avec des artistes locaux, comme TateTakato, une musicienne japonaise, avec laquelle nous avons fait la performance à l’Institut Français de Tokyo. Le projet des valises se développe dans des endroits où j’ai des contacts, il a commencé au Japon et  pour le moment je travaille à le développer sur une autre île, à suivre...

 

Entretien réalisé par Adeline Têtue

 

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