Jacqueline Gueux et Annely Boucher sont deux artistes à l’écoute d’un monde sans cesse à réinventer. Résolument contre les choses finies, elles sont animées d’un appétit pour la recherche de possibles, d’interstices, dans lesquels un plaisir existe et qu’il est urgent de partager.

"C’est arrivé sans prévenir, sans avoir prévu quoique ce soit à dire.
Des formes, nos vies... une exposition des formes de vies.
Quelles formes ont nos vies ? Quelle est notre urgence de dire.
À contretemps, contre-courant, elle m’a dit :
« souvent, nos réalités sont des désirs ». Je n’y ai pas cru.
Peut-être même ai-je souri poliment.
Et puis oui, nos réalités sont des désirs. Pas toujours des désirs
heureux, pas forcément les nôtres.
À contre intuition, il faut avoir le courage de nos désirs.
Inventer des formes; et la forme, les formes de nos vies.
C’est peut-être cela. Qu’elle, que nous, essayons de faire."

Exploratrice curieuse, Jacqueline Gueux analyse, dessine, découpe, incise souvent, scrute même ce qui peut sembler à chacun insignifiant, pour approcher au plus près les traces d’un monde auquel la matérialité se refuse. Un monde naissant, qu’elle donne à voir avec humour et poésie.

Elle développe une conception originale de la sculpture entre performance, mise en scène et écriture, articulant des éléments qu’elle nomme « accessoires de la pensée ». L’esprit de son travail, c’est le jeu. Elle invente une forme de poésie active ; témoin de la fragilité des relations entre les choses et les êtres, de la difficulté de s’entendre et s’écouter. Sa recherche est intimement liée au corps et ses objets en sont toujours la métaphore, des éléments de substitution, avec lesquelles elle écrit une partition. Ainsi a-t-elle choisi, pour cette exposition, de présenter une sélection de productions significatives de son parcours.

Annely Boucher épingle, accroche, scotche, accumulant peu à peu sur un mur des textes, des traces, des notes, dessins et papiers…jusqu’à la saturation ou au contraire l’équilibre. L’accrochage trouble la frontière entre processus et finalité. À l’image d’un vaste brouillon, d’une ébauche, un sens nouveau semble surgir de ces articulations, chaque réalisation étant un point d’appui pour penser comment être dans ce monde et y prendre la parole.

Quelque part, on peut sentir dans cette démarche le souci d’ouvrir, même discrètement, des espaces de rencontre et d’écoute. Une approche où répandre le doute, ouvrir des brèches dans les certitudes, serait déjà beaucoup.

Rencontre avec les artistes, le samedi 3 février 2018, à partir de 14h