Frédéric Bonjean est un artiste autodidacte, il débute sa carrière dans les années 80 par la peinture et élargit son champ d’action avec le temps. Sa démarche pluridisciplinaire use du jeu comme approche critique du monde.
Mathieu Archambault de Beaune à été diplômé des Beaux Arts d’Angers en 2015. Sa pratique s’articule entre dessin et objets, comme des récits de ses excursions réelles ou fantasmées.

Avec eux nous partons en vacances; ni à la mer ou à la montagne mais dans un double transfert du monde qui se rejoue de manière éphémère dans leurs antres d’essentiels.
Ils nous proposent un voyage dans leurs Résidences secondaires, espaces de projection dont ils nous laissent les clés, le temps d’une exposition.
Nous entrons, comme des curieux, dans un lieu intime et fictionnel, refuge de leurs fantasmes. Résidences secondaires se sont deux villégiatures qui se côtoient dans un même espace. Deux territoires qui cohabitent possédant leurs frontières et leurs limites. Si ils peuvent parfois se répondre, c’est sans se questionner et jamais ils ne se reflètent.
Qui n’a pas été tenté d’ouvrir un tiroir, de regarder derrière un rideau fermé lorsque c’est défendu ?

Ici c’est permis, et l’on vient voir le monde à travers le prisme de ces artistes où les productions peuvent jouer le rôle de catalyseur ou d’exutoire au travers d’introspections.

Reliques d’une existence ou projections mentales, ce lieu sera régi par cinq principes:

«1. Résidences secondaires est un ailleurs dans le monde, un refuge, un lieu  construit en commun.
2. Résidences secondaires est une invitation au fantasme, au rêve.
3. Résidences secondaires est ici et là, géographie sans carte, reliefs protéiformes.
4. Résidences secondaires est un récit à plusieurs voix, un scénario à plusieurs entrées.
5. Résidences secondaires est un jeu sans règles.»

Résidences secondaires par Christophe Le Gac
 
J’ai entendu parler d’un endroit où plusieurs lieux de résidences secondaires formaient un milieu, entre monde intérieur et monde extérieur. Cet espace aurait élu domicile le temps d’une fin de partie hivernale dans la douce ville de Nantes, en lieu et place d’un ancien bar, dans un quartier où les sex-shops sont légions, à deux pas de la gare centrale. Il se nomme Rendez-vous. Au rendez-vous des alentours avec les objets sexuels de substitution ou d’amélioration du plaisir, vient maintenant s’offrir au regard la contemplation d’objets artistiques. Au désir tarifé ce substitue l’émotion symbolique.  Cet antre au passage étroit, sans vitrine, forme un monde clos et refermé sur lui-même. Propice à la contemplation et à la réflexion, cette hétérotopie a été envahie par un archipel de dessins, de gravures à l’eau forte, d’installations, de maquettes et de sculptures.
« Le monde est un piège sans échappatoire. »  et« il n’existe pas des sphères bienveillantes. » selon Aurélien Bellanger (1), au contraire dans la galerie RDV, dirigée par Jean-François Courtilat et son équipe, l’esprit est à l’expérimentation empathique, joyeuse et joueuse. Même si la mort rôde ici ou là, la volonté de tordre le monde pour mieux le faire sien et le mettre en partage, semble au cœur de nos deux compagnons exposés : Frédéric Bonjean & Mathieu Archambault de Beaune. Ils ont décidé d’installer leurs résidences secondaires comme un territoire singulier et pluriel aux multiples ramifications. Voilà retranscrite une discussion entre les deux artistes :
Frédéric
Les résidences secondaires sont les espaces proposés dans celui d’exposition. Chacun possède un territoire.
 
Mathieu
Ce territoire est alors une projection du monde, son séquençage, sa traduction avec ses difformités, ses malformations et ses singularités.
 
Frédéric
Exacte, les visiteurs deviennent des voyeuristes qui peuvent déambuler à l’intérieur de deux espaces intimes.
 
Mathieu
Et les espaces ne fonctionnent pas en miroir ; ils ne jouent pas aux questions-réponses, ils fonctionnent.
 
Frédéric
Ce sont des lieux de refuges virtuels, des projections mentales de l’extérieur ; une introspection élastique suspendue dans le temps et l’espace del’exposition.
 
Mathieu
Ainsi, les œuvres peuvent être perçues comme une fiction de nos comportements … une mise en abîme de notre histoire humaine …
 
Cet échange nous informe avec justesse des intentions de nos deux artistes angevins. Grâce à huit panneaux - « La plage », « Résidences secondaires », « Particules élémentaires », « Banquise », « Palais des merveilles », « Structure », « Controverses » et « Sens premiers » -  disposés dans leur lotissement de résidences secondaires, le visiteur pourra s’y retrouver aisément.
J’ai entendu dire que nous allions être nombreux à nous rendre dans la Galerie RDV, à Nantes, afin d’envisager le printemps avec le plein d’émotions, de réflexions et de rêves dans nos têtes.
 
(1) Aurélien Bellanger, Houellebecq écrivain romantique, éditions Léo Scheer, Paris, 2010.