Certaines de mes sculptures ne communiquent d’autre information que leur présence pure et forcent le spectateur à faire l’expérience d’un acte de perception. Nous dit Noémie Chauvet.

C’est en 2013, lors d’une exposition collective organisée par de jeunes artistes que Jacques le Brusq rencontre son travail.

L’une de ses sculptures m’a fait signe, j’ai été saisi par sa présence, non pas sa présence d’objet, mais une présence énigmatique, d’un autre ordre, alliant à la fois rigueur et sensibilité. De cette sculpture émanait « ce presque rien », un je ne sais quoi d’ineffable qui fait toute la différence entre une oeuvre d’art et un simple travail d’art plastique.

Ce que ces deux artistes ont d’abord en commun c’est, peut-être, de ne pas se satisfaire de la saisie des apparences, sachant bien que le visible ne se limite pas à son seul aspect, qu’il a partie liée avec l’invisible.

La présence que je retrouve dans les oeuvres de Noémie Chauvet est celle qui fonde ma quête en peinture depuis toujours. Et qui fait qu’il ne s’agit pas de représenter le monde mais plutôt de « présentifier sa poéticité » selon une fort belle pensée du philosophe Henri Maldiney.

Dans leur pratique, Noémie Chauvet et Jacques le Brusq, affirment la primauté du travail de la main, de son action sur la matière. C’est de l’accord main /mental que naissent les formes.

Lorsque je peins, je ne cherche pas à savoir ce que je fais. Je dirais que ça peint plutôt que je peins. Être trop conscient bloquerait la venue de ce que je cherche et que je ne connais pas encore, et que pourtant, j’ai le désir de voir apparaître. C’est un état complexe qui met en relation le voir, le sentir et le faire.
Peindre c’est rendre présent « ce quelque chose » qui ne préexiste pas à l’acte de peindre et qui, par la matérialité de la peinture, impose sa présence comme une évidence. Une évidence, là depuis toujours, qui nous fait face et nous regarde autant que nous la regardons.


Jacques Le Brusq et Noémie Chauvet.

Ces deux artistes Nantais se sont rencontrés en 2013, ou plutôt Jacques Le Brusq a rencontré une sculpture de Noémie Chauvet.
Il en perçoit ce que lui même tend à faire ressentir dans son travail de peinture : une présence énigmatique sur laquelle les mots ne font que glisser. Il ne suffit pas de voir, il s’agit dans leurs travaux d’appréhender, de ressentir, pour capter l’étincelle.

Jacques le Brusq peint depuis les années 60 et se consacre depuis presque quarante ans aux paysages. Ne cherchez pas de figuration dans les oeuvres présentées, il faut sentir la peinture. Happé par la couleur verte depuis plusieurs décennies, il nous confie qu’il ne peint pas, mais que ça peint. Il n’est que le vecteur d’une expression sans a priori pour laquelle il se met en état de capter  quelque chose. Le visible n’est pas seulement ce qui se donne à voir, ce qu’on regarde, il est aussi ce qu’on ressent. Pour Jacques Le Brusq la peinture commence là où les mots s’arrêtent.

Il s’agit ici de se laisser envahir, de se soustraire au regard pour palper Ce presque rien qui fait basculer la contemplation dans le ressenti. L’espace de la peinture, physique et suggéré, ou bien celui de l’exposition se réinvente avec ces deux artistes.

La lumière qui donne vie à toute forme s’allie à la géométrie dans le travail de Noémie Chauvet pour nous bouleverser. L’illusion créée par les formes proposées et les lignes dessinées trouble. Les espaces sont décomposés, les horizons renversés parviennent à nous faire douter des volumes, les surfaces perdent leurs reliefs et leurs dispositions.
Les jeux de couleurs mettent en péril notre perception de l’architecture qui accueille ces productions. La forme devient vecteur d’émotion.

Conscient ou non ce glissement subtil du regard sur l’oeuvre jusqu’à l’émoi, c’est déjà beaucoup.

 

site de Noémie Chauvet

Dossier de presse de l'exposition au format PDF

Dossier pédagogique de l'exposition au format PDF