« A-t-on vraiment besoin d’ériger ça ?! »

L’exposition du babel dans le banal présente un ensemble de sculptures, chacune est constituée d’un élément et d’une prothèse. Les prothèses permettent aux éléments de se tenir à la verticale.  Soutenus, ils tendent vers une éventuelle élévation. Ces prothèses peuvent être des objets du quotidien : balançoire, escabeau, détournés de leur usage afin de supporter ces formes simples.

Ces formes portées reprennent des codes d’éléments architecturaux, colonne ou ensemble de socles, modules à l’image d’une maquette, ou d’une structure de décor. Les éléments sont suspendus, surélevés, en attente, comme des ruines à venir ou des structures inachevées. Elles sont des substituts des éléments architecturaux représentés.

D’un côté, la prothèse active l’élément par sa disposition à le maintenir, d’un autre côté elle accentue le déséquilibre et son faux manque d’autonomie à se tenir à la verticale. C’est une façon de le rehausser, de lui donner une hauteur supplémentaire, volontairement exagérée afin de les faire tendre comme de fragments factices d’édifice, de leur donner un semblant d’importance juste par une surélévation.

L’exposition aurait pu avoir comme sous titre « prothèses érectiles », car il est question de notre besoin d’ériger, d’élever, d’édifier. Cependant les sculptures, même si elles se réfèrent de manière lisse ou brute à l’érectile, elles le montrent assisté. C’est davantage dans cet apparent manque de possibilité à tenir debout, induit par la prothèse, que les sculptures prennent leur sens.
Visite commentée tous les samedis à 16 heures, entrée libre.

Romain Rambaud vit et travaille à Nantes.

Ses sculptures sont le constat d’un monde environnant comme une collision d’objet. Le travail de Romain Rambaud se réalise en effet par le prélèvement d’éléments variés du paysage urbain ou naturel pour en transformer la perception et pour trouver un point d’équilibre entre la réalité et son modèle de fiction. Un processus qui implique la mise en représentation.
Cette représentation est appréhendée comme une nécessité et façade. Nécessité dans la volonté de poser un regard critique sur ce monde et de se l’approprier par la représentation, et façade par le fait que les pièces tridimensionnelles sont perçues comme des substituts des choses qu’elles sont censées représenter.

Les sculptures s’articulent souvent autour du lien entre nature et ville contemporaine, parfois donc comme un décor imposant et factice ou par la reprise de signes et d’objets de notre quotidien. Elles questionnent le statut de l’objet, du décor, de l’architecture et du simulacre dans un glissement permanent de l’environnement à l’objet, de l’original au substitut et de l’illusion au trucage.

Ces représentations, dans un premier temps, réduisent l’image que l’on a du référent. Elles montrent en effet les contraintes de la représentation, à la limite même d’échouer à représenter, cependant ces sculptures permettent aussi dans un deuxième temps de donner à voir une autre présence des choses. Les sculptures sont souvent diluées dans des formes reconnaissables.En effet l’intérêt est de partir de quelque chose d’identifiable et de le transformer. Cette mutation prend sens quand l’objet est devenu, ni tout à fait vrai, ni ce qu’il semble être, pour provoquer une augmentation de l’objet. Des éléments qui se juxtaposent, se donnent forme entre eux, des échelles de représentations qui se heurtent où se mêle des éléments de différents tailles, des maquettes comme des réductions de paysage confrontées à des éléments de notre quotidien.
Elles s’exposent comme des faussement consommables, objets ambivalents oscillant entre fonction et présentation, réel et spectaculaire, banal et fantastique ; une sorte d’objet faussement futuriste, une façon de reprendre l’idée d’un modernisme omniprésent dans notre environnement quotidien, tout en le critiquant sur son aspect purement "packaging", sans utilité concrète.


Liste des oeuvres représentées

- Bêtes les aiment, aluminium, 250 x 250 x 40 cm
- tronçonneuse florale, projet en cours
- vert c’est le paysage ; caoutchouc, moquette,métal ; 350 x 250 x120 cm
- carton d'invitation de l'exposition
- binaire ; étagère, plante, pots, pate à modeler ; 2011
- l’ensemble, escabeaux, bois, crépis, matériaux divers, 2011
- vue de l'exposition, Galerie RDV
- colonne ; balançoire, souche de merisier, sangles ; 2011