JEAN DUPUY

Né en 1925 à Moulins dans l’Allié, il vit et travaille à Pierrefeu.
Après 17 ans à New York, Jean Dupuy s’installe à Pierrefeu près de Nice en 1984. Il publiera alors son premier livre, Ypudu, Anagrammatiste (éditeur C. Xatrec, 1987). Il travaillera sur les anagrammes et accompagnera la plupart de ses oeuvres de ces équations de lettres. Dans le cadre d’un partenariat avec le Frac de Bourgogne, RDV propose de découvrir et redécouvrir cet artiste, grande figure de Fluxus, à travers ses sérigaphies, ses textes et dessins.

Au fil d’une combinatoire qui est aussi la mécanique d’une dérive, les anagrammes de Jean Dupuy explosent ainsi d’un humour devenu trop rare dans l’art d’aujourd’hui. Humour, sens de la blague, par où il se rapproche bien plutôt, si l’on veut, de ces primitifs de l’avant-garde, comme d’un Erik Satie qu’il aime à souvent citer. Au reste, n’est-ce pas par cet humour, précisément, par la joie qu’on y trouve, que se produit, le plus sûrement, la valeur de vérité ? L’exposition Jean Dupuy, qui se tient à la galerie Semiose, présente bien sûr quelques-unes de ces anagrammes déjà notoires. Mais elle présente aussi – et c’en est tout l’intérêt – quelques oeuvres plus rares, réalisées en parallèle, depuis le début des années 80, à partir de polypes ou cailloux trouvés par Jean Dupuy au cours de ses promenades. Dans l’esprit de Jean Dupuy, ceux-ci, polypes ou cailloux, fonctionnent un peu comme des ready-made. Tantôt, en effet, il les place, tels quels, au coeur d’un dispositif de cales de bois et de lentilles, qui invitent le regardeur à les examiner de plus près, en plus gros, et sous leurs différentes facettes. Tantôt il joue avec et détourne leurs particularités d’apparence, celles qui d’abord lui ont attiré l’oeil, pour les intégrer, comme autant de chiffres ou de lettres inscrits par la nature, dans de petits tableaux où il les complète, au feutre, pour obtenir mots ou formules. La pièce la plus importante de l’exposition, Carrousel, obéit à cette même logique d’intégration. Jean Dupuy monte cette fois les cailloux sur une espèce de machine de bois et de carton, où ils deviennent autant de visages possibles pour des animaux ou des personnages au reste dessinés, qu’on voit tourner devant soi dans un étrange défilé. Ici comme ailleurs, le travail de Jean Dupuy révèle, en s’amusant, le côté jusque-là caché des choses, l’infinité des possibles encore inaperçus. Le propre de l’art n’est-il pas, après tout, de mieux donner à voir, à sentir ou ressentir le monde ? N’est-il pas de le donner, par là, à mieux penser ? Élever le sensible à l’apparence comme le disait Hegel. Si c’est le cas, alors, oui, on peut dire qu’on a ici affaire à du grand art. Reste encore, et comme tel, à le découvrir.

 François Coadou
 

 

PASCAL LEROUX


Né en 1965 à Cherbourg, vit et travaille à Nantes, il poursuit actuellement un ensemble de recherches et d’expérimentations mixmédias (dispositif, installation, film, vidéo, son), au sein du Collectif LaValise, et individuellement. Il propose pour RDV un dispositif multiécrans qui questionnent à la fois le transport de l'image (au sens réel et figuré), l'outil caméra, le corps et le lieu qui l'environne. “ Dans un espace dégagé (parc, square, terrain vague ....), un système d’éjection est installé à plusieurs dizaines de mètres en face de moi. Lorsque le système est déclenché, une caméra vidéo est violemment éjectée et je dois tenter de la rattraper avant qu'elle ne s'écrase au sol. Outre cette caméra « embarquée », 2 caméras enregistrent cette action, l'une cadrant l’éjection, et l'autre cadrant ma course. Les images de la caméra embarquée sont le passage qui lie les 2 autres séquences enregistrées de l'action, ainsi décomposée, à travers les 3 prises de vues et la triple diffusion qui en résultera.”

Du réel mis en image, à la réalité de l’image et de l’illusion cinématographique, les dispositifs de Pascal Leroux font « fictions » de tout. Gravement drôle, parfois dérisoire, ses petites mises en scènes, fêtes de bricoles, provoquent et jouent des accidents de notre perception, créant de possibles improbables. Pris dans les couches successives du projeté et du perçu, le spectateur joue l’histoire, de l’instantané du présent vu, relayé par le mécanisme du projecteur et autres, dans ce mouvement perpétuel, de ce qui fut, est, et sera, qui recommence et ne s’arrêtera pas, faisant fiction aussi de son anticipation, de ses possibles décalages.

Marie-Pierre Duquoc pour Mire (Association pour le Cinéma Expérimental) 2000

 

"Pascal Leroux fait sans nul doute partie de cette lignée de bricoleurs inquiets qui, de Tinguely à Baquié, jettent un regard distancié et poétique sur les objets, détournant et réinventant natures et fonctions, donnant au dérisoire une force expressive qui n’est pas sans rappeler l’art du cinéma muet. Les pièces de cet artiste de 34 ans se jouent ainsi parfaitement des «fausses interactions » possibles entre l’objet réel et les représentations mentales qu’il suscite. Où comment un son ou une image se modifient, transitent d’un point à l’autre de l’espace, s’incorporent dans l’esprit du spectateur ; En le maintenant à une distance que l’on dit «respectable », à un seuil de visualité qui, toujours, demeure infranchissable. Nous parlons ici d’une distance réelle, immédiate, qui permet au regardeur d’embrasser la pièce dans toute son ampleur et sa complexité, ses pleins ses vides, sa dynamique et son essoufflement possible."

Hugues Blineau, documents de travail, 2000, Lanceur.

www.pascal-leroux.org