Depuis 2007, une frontière a été franchie à l’échelle planétaire : les êtres humains vivent désormais majoritairement dans les villes (rapport Unesco). Ce processus enclenché à la fin du 19e siècle s’est poursuivi de manière exponentielle à partir des années 50 et continuera sans aucun doute au 21e siècle. En 2030, près  d’un tiers de la population mondiale habitera dans les villes.
Mais l’urbanisme et plus précisément l’urbanisme péri-urbain qui s’est développé ces dernières décennies répond-il aux enjeux actuels en termes économiques et sociaux?

Erosions est un projet photographique, sonore et sculptural qui met en avant plan la condition humaine à travers le prisme de sa condition urbaine. Entre décembre 2007 et février 2008, nous avons effectué un voyage dans 13 villes d’Amérique du Nord (Canada, Etats-Unis, Mexique). Durant ces 3 mois, nous avons exploré différentes banlieues et nous nous sommes notamment intéressés à comprendre comment dans certains cas, l’urbanisme sépare au lieu de rassembler, isole au lieu de faire communiquer. De cette réflexion et de la matière photographique et sonore accumulée est né ce projet d’installation qui comprend treize caissons lumineux en béton, deux oeuvres sonores et trois sculptures en béton et fil barbelé rasoir.

Guillaume Krick & Benjamin Thomas

Les scupltures sont créées par Guillaume Krcik, les compositions musicales par Benjamin Thomas.

Paysages de banlieues d’Amérique du Nord est une série photographique qui extrapole la base documentaire à travers une post production numérique. Cette dernière structure un espace urbain et met à distance de ces habitants mais aussi des spectateurs.

La Musique de flux associée à cette série via les caissons lumineux en béton se concentre au contraire sur l’activité humaine dans les zones périphériques. Il s’agit d’une composition en multi-diffusion dans laquelle les fragments documentaires entrent en résonnance avec la musique concrète et instrumentale.

Le Portail de sécurité (inox, fil barbelé) et la Barrière de contrôle d’accès (béton et fil barbelé) s’intéressent à la violence de certains espaces urbains. Les zones fermées et sécurisées (gated community aux Etats-Unis, colonia cerrada au Mexique) mettent en évidence l’impossibilité de dépasser les inégalités par le repli sur soi.

La Musique de ruines située derrière le portail de sécurité est une projection de cette violence aboutissant à la destruction puis à une autre forme de renaissance.

 

Cet ensemble d’oeuvres regroupés dans une scénographie commune met en jeu la liberté de mouvement et donc de penser dans la ville. Elle propose une atmosphère soulignant le caractère angoissant de certaines zones suburbaines.

De la science-fiction apocalyptique ou projection du déclin de la banlieue nord-américaine du 20e siècle, tel pourrait être le commentaire d’Erosions. Plus globalement, ce projet questionne l’espace urbain à travers son potentiel de créativité et d’appropriation singulière.