Exposition du 18 octobre au 22 novembre

Le chantier est un espace ressource dans lequel Pierre-­Yves Hélou puise la plupart des éléments enrichissant régulièrement sa base de données formelles. [...] Ces récoltes ne se bornent pas à des matériaux spécifiques. En matiériste romantique, Pierre-­Yves s’accorde le temps de l’observation
de chaque fragment prélevé, dans une double quête : la trace de l’accident, pratiquement toujours présente, donnant à la matière sa nature imparfaite ; et le moment où il détermine l’aptitude de chacun de ces corps accidentés à créer de la géométrie –car c’est bien elle le premier amour de Pierre-­Yves.

En 1981, dans son texte « Géométrie iconoclaste et géométrie accidentée »1, François Morellet déplorait avec ironie l’impossibilité de représenter la géométrie, avant de donner ses propres solutions permettant de pallier cette lacune. Aujourd’hui, Pierre-­Yves répond à cette problématique à sa manière, se faisant le chantre du «presque-­rien»2. Pour une part, sa photographie capte, in situ, l’instantanéité d’un récit géométrique sur le chantier en cours ; d’autre part, il récupère les rebuts et autres débris privés d’ouvrage final. Il les emmène dans son atelier, où ils seront archivés à la manière de pièces détachées, ou bien en tas, prêts à l’emploi.

Son atelier est sa cabane, où il joue à construire, déconstruire, reconstruire. Il prend les fragments glanés, les observe, les caresse. Puis il les superpose, les oppose, les assemble. Le tout selon un mode de présentation basé sur l’aléatoire de l’équilibre. Les matières, au-­delà de faire œuvre, éprouvent chacune leurs propres lois objectives par confrontations successives. En parallèle des édifications, Pierre-­Yves scénographie ses petits bouts de chaos, organisant des espaces, à la fois ruines et micropaysages. La fragilité de l’équilibre se manifeste une fois de plus dans ces propositions où le point de vue gagne en importance, tandis que les rapports d’échelles interagissent et s’abolissent tour à tour.

Mais l’atelier reste un lieu d’expérimentations successives, où les suggestions d’assemblages tissent une série de solutions combinatoires. Le véritable modus operandi se dessine au cœur de l’espace d’exposition. Devenant colporteur de son propre musée, c’est à ce moment-là qu’un grand nombre de choix incombe à l’artiste. Les contraintes–lumières changeantes, public mouvant, murs immobiles, etc.– déplacent les expériences funambules dans l’espace-temps particulier qu’est le montage de l’exposition. De ces micro/macrocosmes, un motif récurrent se dégage : le portrait d’un paysage. Fait de courbes et de contre-courbes, il dessine les cimes de montagnes sans orgueil, « un ailleurs paradoxalement contenu dans l’ici » 3. Omniprésent, ce paysage se décline de manières diverses. [...]

Pierre-­Yves Hélou poursuit sa route, parfois douce et parfois rance. Braconnier du rebut, flibustier des chantiers, il n’oublie jamais de rapporter un caillou, souvenir de voyage qui viendra augmenter son butin caché. Enfin, il exploite et assume le nouveau tournant s’offrant à sa pratique artistique : la performance et les autoportraits happening. Le corps en chantier.

Hélène Cheguillaume, octobre 2014 (extraits)
 
 
Pour en savoir plus sur le travail de Pierre-Yves Hélou :

Page de l'artiste sur le site  de Réseaux d'artistes de Pays de la Loire
© C. Chauvet - visuels non libres de droits