Se brosser les dents, maintenir un livre sous son bras... Cécile Benoiton construit ses vidéos à partir d’actes et éléments anodins qui forment notre quotidien. L’artiste compose un apparent minimalisme formel : par un plan fixe, resserré, elle focalise notre attention en une image au premier regard insignifiante. Le cadrage circonscrit notre champ de vision ; il produit ainsi un intérêt aigu pour cette prétendue trivialité filmée. Alors, un basculement général s’opère par le déplacement des normes : la brosse à dents est entourée de lèvres peintes d’un rouge vif (Bleu blanc rouge), l’accumulation invraisemblable de livres sous le bras s’apparente à une activité sportive figée (Rodéo)... Ce décalage entre l’usuel et l’action réalisée par Cécile Benoiton provoque un chancellement, un déroutement. L’artiste ose, affirme le dépassement des habitudes sans aucun vacillement. Les vidéos ne proposent pas une expérimentation de nouveaux usages, chaque geste se déroule avec assurance, la tête de l’artiste est placée dans un plat tel une évidence (Cocotte).
 
Ce renversement se prolonge également dans la durée des vidéos, contraire aux longs films observés du coin de l’oeil -ceux où l’on ne marque pas d’arrêt devant l’écran, l’observation de l’oeuvre vidéo ne se fait ainsi que par une allure plus lente. Ici, les oeuvres de Cécile Benoiton sont courtes, rarement au-delà de la minute. L’action se répète et s’imprime, toujours déroutante. La description est aisée, l’analyse incertaine.
 
Le corps est souvent central dans les vidéos de Cécile Benoiton, la matière tout autant. Le cadrage trouble les échelles de grandeur. Une chaîne de montagnes blanches noircit sous l’encre d’un pinceau -estampe mobile de cinquante-trois stations (Vestiges)-, une flaque d’eau contient une fissure dans le ciel (Autre ment). Les orientations de la caméra augmentent l’effet de déstabilisation, elle fait d’un plafond un horizon vertical (Pause extatique). La couleur s’impose progressivement dans ses dernières créations. Cécile Benoiton superpose les décalages d’usages aux décalages linguistiques. Chaque titre de vidéo apporte de nouveaux éclairages amusés de l’action et joue de la polyphonie de significations.
 
Bien que certains éléments traversent plusieurs productions, chaque oeuvre est une pièce autonome, l'artiste se dégageant de la notion de série au sein de ses vidéos. Initiant ses pièces dans un univers familier, elle crée ses propres images. 
Dans un décalage fécond avec sa pratique vidéographique, elle produit des dessins. Ils poursuivent ses questionnements autour de la matière. Non figuratifs, ils inscrivent un dialogue minutieux et sensible entre le support et le motif. Le même geste ou le même protocole se réalise sur plusieurs œuvres, le temps d’élaboration se ressent physiquement. La narration est celle du geste, de la feuille percée.  
Cécile Benoiton dépasse avec subtilité les bornes de l’idée conventionnelle du dessin, des codes étriqués de notre quotidien.







Cécile Benoiton, "Bleu blanc rouge". ©
Vues de l'exposition : Léa Cotart-Banco, RDV 2015 ©
Cécile Benoiton, "La piscine". ©
Cécile Benoiton, "Rodéo". ©
Cécile Benoiton, "Usine". ©