La galerie RDV à Nantes offre une carte blanche à Patricia Solini qui présente Bill Kouélany, du 6 décembre 2007 au 19 janvier 2008.

Bill Kouélany est une artiste congolaise née en 1965.
Cette présentation réactive la pièce créée pour la manifestation internationale d’art contemporain, Documenta 12 à Kassel, en Allemagne en juin 2007 : un mur de journaux broyés desquels naissent de nouveaux fragments de phrases tissées dans le chaos. Et dans la suspension qui l'étreint à la vie, il s'agit d'une guerre de silences attendant le vacarme d'un moment de paix ; l'abandon momentané de la couleur met en lumière toute une gamme de gris à mesure que l'illisibilité de l'information révèle des teintes d'espoir.
Bill Kouélany séjourne en France à l’âge de 10 ans dans le but d'être éduquée dans l'idée que sa famille se fait de ce pays. Ce voyage exacerbe au contraire ce qui chez elle la place là où on ne l'attend jamais. L'artiste se compare volontiers à Lazare : Ni chez les morts, ni chez les vivants. Elle voit dans son visage le portrait des maisons détruites qui peuplent son pays natal. Dans les déformations charnelles qu'elle fait vivre à ses toiles, c'est l'ossature, la nudité vraie et inaltérable qu'elle nous donne à voir.
Bill Kouélany déroute par son expression insaisissable. Son art porte en lui sa propre guerre. Il écrase, broie tous les stéréotypes qui réduisent l'homme en esclavage et fait surgir dans la construction latente de ses fondations un nouveau langage où rien n’est sûr et grâce auquel tout reste possible.
Cette exposition fait suite à la résidence de l’artiste à Nantes, lauréate du Prix de l'Organisation Internationale de la Francophonie à la Biennale de Dakar, Dak’art 2006. Elle bénéficie également du partenariat de l’Ecole Régionale des Beaux-arts de Nantes et de la participation active de ses étudiants : Talar Adrouni, Guillaume Barriot, Suzie Deroyan, Estelle Fonseca, Fiolène Fouquer, Mickaël Hedreville, Hee Jung Kim, Nadia Randriamorsata, Marion Richomme, Nelly Torcal sous la conduite de Patricia Solini, commissaire de l’exposition.

Texte de Guillaume Barriot, étudiant en L2, erban.

 

La peau comme un mur Il y a dans l'oeuvre de Bill Kouelany, comme une cassure, une impossibilité, une violence qui ne trouve pas de paroles directes, une guerre froide, un lourd secret. Dans la première salle de la galerie RDV, la première oeuvre se présente comme un mur arraché, révélant deux faces diiférentes. D'un côté, l'artiste a fixé des rectangles de papier maché comme des parpaings sur lesquels elle a collé des articles de presse souvent en lien avec les états de crises qui traversent nos sociétés. De l'autre côté, elle a punaisé des morceaux de tissus sur lesquels elle a brodée des motifs qui peuvent faire penser à des éléments de décoration ou a des diagrammes sismiques... D'un côté l'extérieur dur et brutal, de l'autre l'intérieur feutré et blessé, le tout comme arraché, comme le lambeau d'une peau, comme une maison détruite. Bill Kouelany fait parti de ces artistes muets qui traversent une guerre aussi intérieure qu'extérieure, dont la peau capte, absorbe les conflits aussi universels que personnels. Artiste congolaise, elle a été repéré à la dernière Biennale de Dakar, à la Documenta de Kassel et invité en résidence à Nantes par Patricia Solini. Elle a réalisé avec l'Atelier du Petit Jaunais un ensemble d'oeuvres lithographiques impressionnant également montré au sein de l'exposition.

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© Marc Dieulangard - ERBAN